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23èmes
Rencontres A.F.A.Verre - Communications (17 - 19 octobre 2008)

LES
VERRES SOUFFLÉS-MOULÉS EN GAULE DU NORD, Ier-IVe
SIÈCLES
Véronique ARVEILLER,
Frédéric HANUT et Nicole VANPEENE
Première partie, par Véronique ARVEILLER
et Nicole VANPEENE
L’apparition du verre soufflé dans un moule(1)
dans le deuxième quart du Ier siècle après
J.-C. en Gaule du Nord se manifeste de manière relativement
modeste dans les débuts. Ce sont sans doute des productions
importées, les premiers témoignages concernent
des coupes à décor cannelé AR 30.1 ou
2 et des coupes à côtes fines Isings 17 : ces
types proviennent de contextes d’habitats en Bretagne,
Normandie ou Île-de-France. Certains fragments présentent
des décors qui évoquent l’atelier d’Ennion.
Les vases à boire à décor d’amandes
sont très rares et ceux comportant un décor
géométrique ou végétal restent
exceptionnels en Normandie ou dans les Ardennes avec deux
très belles pièces. Dans la deuxième
partie du Ier siècle, apparaissent des cruches à
décor de côtes verticales espacées dont
la Normandie a livré trois beaux exemplaires en contexte
funéraire, celui d’Harfleur en verre bleu cobalt,
les deux autres de Caudebec-lès-Elbeuf, dont un avec
deux macarons moulés appliqués à la base
de l’anse. En Normandie également, à la
fin du Ier siècle, nous avons le premier témoignage
de cruche à décor de fines côtes obliques,
sur panse conique (forme IS 55A) découvert dans une
nécropole près d’Harfleur. Aux IIe et
IIIe siècles, le répertoire change et les lieux
de production sont localisés en Rhénanie : les
flacons bicéphales se retrouvent en Picardie, en Normandie
et en Île-de-France. On trouve aussi des flacons en
forme de grappe de raisin comme l’exceptionnel exemplaire
provenant d’Epiais-Rhus en Île-de-France. Le IVe
siècle est marqué par un accroissement de la
production et une diversification du répertoire. Les
nombreux flacons découverts dans le nord et l’est,
à décor plastique monocéphale ou bicéphale,
souvent de grandes tailles, les singes musiciens, image d’origine
alexandrine, les vases en forme de coquilles et les coupes
à décor moulé géométrique,
sans doute produites dans le nord-est de la France, annoncent
les coupes à décor chrétien. Il faut
également citer les nombreux exemplaires de vaisselle
de table, coupes, gobelets, bols, cruches et bouteilles ovoïdes
dont la panse est ornée de fines côtes verticales
ou obliques obtenues par soufflage dans un moule et qui resteront
présents à l’époque mérovingienne.
Bien que nombreux dans les régions étudiées,
il n’a pas été pris en compte dans cette
étude des contenants de transport et conservation tels
que bouteilles cylindriques et prismatiques, ni les verres
à scènes de spectacle qui ont fait l’objet
d’une publication AFAV, en 1998 (2).
Seconde partie, par Frédéric HANUT
Le territoire actuel de la Belgique, du Luxembourg et des
Pays-Bas se situe à cheval sur les provinces de Gallia
Belgica et de Germania Inferior/Germania Secunda. Les deux
principales agglomérations urbaines du Haut-Empire
sont les municipes de Tongres/Atuatuca et de Nimègue/Noviomagus.
Les plus anciens témoignages retrouvés en contexte
appartiennent à des assemblages du deuxième
quart du Ier siècle ap. J.-C. Il s’agit notamment
des deux gobelets côtelés du type Isings 17 retrouvés
dans les tombes A et B de Hellange, au Luxembourg. Au Ier
siècle, la vaisselle de table soufflée dans
un moule se compose exclusivement d’importations. On
retrouve les gobelets à cannelures verticales AR 30.1,
les gobelets Isings 17, les gobelets à décor
de spectacle AR 31 et les gobelets à décor de
bossettes en forme d’amandes Isings 31/AR 33. Ces vases
étaient probablement réservés à
une élite des populations provinciales. Ils se concentrent
dans les foyers de romanisation que sont les villes naissantes
(Tongres, Nimègue) et les principaux camps militaires
des Pays-Bas (Velsen, Valkenburg, Nimègue). Entre les
années 80 et 180 ap. J.-C., en dehors des bouteilles
prismatiques omniprésentes sur tout le territoire,
la verrerie soufflée dans un moule se réduit
à quelques types de cruches, pots ou bols décorés
de cannelures verticales ou hélicoïdales : la
cruche à une anse et panse conique Isings 55a/AR 163,
la cruche à une anse et panse globulaire Isings 52b,
le pot globulaire Isings 67c/AR 118.2 et le bol à carène
basse et lèvre tubulaire. Ces types sont très
répandus, on les retrouve dans plusieurs nécropoles
à incinérations de Belgique (Blicquy, Juslenville,
Tongres, Wanze) ainsi que dans plusieurs sépultures
privilégiées comme les tumulus de Hesbaye dans
la Civitas Tungrorum. Les vases à deux anses et panse
en forme de grappe de raisins Isings 91a appartiennent au
Haut-Empire. On les retrouve dans des ensembles datés
du dernier quart du IIe siècle (Fresin, Heerlen) ou
de la première moitié du IIIe siècle
(Tirlemont). Les flacons à tête humaine Isings
78 sont probablement des vases à cosmétiques.
Ils ne se manifestent pas avant le IIIe siècle. De
cette époque datent les exemplaires retrouvés
à Tongres et dans le tertre V de Esch, aux Pays-Bas.
La bouteille de la nécropole à inhumations de
Steinfort (Luxembourg) est une production du IVe siècle.
Des parallèles peuvent être établis avec
des pièces similaires de Rhénanie et du nord-est
de la France. On rencontre quelques formes plus anecdotiques
à la fin du Haut-Empire comme une fiole à panse
en forme de coquille dans une tombe d’Andenne ou un
aryballe Isings 61 avec décors soufflés dans
un moule (Namur/Jambes). Le verre soufflé dans un moule
est toujours présent au Bas-Empire mais il s’agit
surtout de bols, fioles et gobelets décorés
de simples cannelures verticales ou hélicoïdales.
Parmi ceux-ci, retenons plusieurs gobelets coniques Isings
106b qui abondent dans les cimetières de la fin du
IVe siècle (Lenclos, Samson, Steinfort, etc.). Leur
utilisation perdure durant la première moitié
du Ve siècle et ils comptent parmi les formes qui assurent
la transition avec la verrerie mérovingienne. Quelques
coupes, à bord découpé en arête
vive Isings 116 portent un décor soufflé dans
le moule. Au centre du fond, on observe un motif floral entouré
d’une couronne de perles rondes. Ces coupes, dont des
exemplaires sont connus à Izier et Spontin, annoncent
les coupes à iconographie chrétienne du Ve siècle.
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(1) Régions administratives actuelles prises en compte
: Bretagne, Normandie, Île-de-France + Eure et Loir, Picardie,
Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace, Franche-Comté
+ Côte D’or.
(2) Sennequier G. et al. « Les verres romains à scènes de
spectacles trouvés en France », AFAV, Rouen 1998 (addenda
prévu en 2009).
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