|
23èmes
Rencontres A.F.A.Verre - Communications (17 - 19 octobre 2008)

LE
VERRE SOUFFLÉ-FIXE DANS UN MOULE EN BELGIQUE AU XXe
SIÈCLE : DU VAL SAINT-LAMBERT AUX VERRERIES DU CENTRE
Anne PLUYMAEKERS
Au XXe siècle, la technique du soufflé-fixe
au moule reste d’usage courant dans les verreries belges.
Technique bon marché, elle continue à être
utilisée pour le façonnage en nombre d’objets
du quotidien à caractère modérément
décoratif, comme les articles pour l'éclairage,
les gobelets, les bouteilles et autres flacons… et ce,
malgré l’automatisation des procédés
de fabrication.
Une production originale, bien qu’étant en série,
d’objets décoratifs mise en œuvre par cette
technique voit le jour durant l’Entre-deux-guerres.
Les dessins abstraits et géométriques du cubisme,
du futurisme, du constructivisme, influencent alors les créateurs
d’arts décoratifs qui élaborent ce que
l’on appellera le style Art Déco.
Figure majeure de l’Art Déco, le verrier français
René Lalique initie la mode du verre à haute
valeur plastique produit en masse grâce au développement
de la technique du verre pressé et du verre soufflé-fixe
au moule. De nombreuses verreries européennes lui emboîteront
le pas : Muller frères, Oréor, Etling, Sabino,
Verlys en France, Jobling en Angleterre et Barolac en Bohême.
Parmi les quelque 30 verreries-gobeleteries implantées
sur le territoire belge à cette époque, deux
seulement se sont lancées dans une production artistique
de vases Art Déco soufflés en plein : les verreries
de Scailmont et les cristalleries du Val Saint-Lambert.
Outre une production d’objets courants, les verreries
de Scailmont à Manage (1901-1972) ont développé
une ligne artistique Art Déco dès l’engagement
de l’artiste-décorateur Henri Heemskerk en 1924.
Elle s’est élargie en 1927 avec l’intervention
du céramiste Charles Catteau. Cette production artistique
s’achève vers 1930, année où la
crise économique américaine atteint l’Europe.
En réaction, à la manière de Scailmont,
certaines verreries se recentrèrent sur leur production
d’articles utilitaires, valeurs sûres, d’autres
connurent la faillite, d’autres encore à l’instar
des cristalleries du Val Saint-Lambert à Seraing, créèrent
une production artistique meilleur marché, en marge
des créations de luxe.
Au Val Saint-Lambert (1826), cette nouvelle gamme s’appelle
« Luxval ». Mis en production au début
des années 1930, les articles sont majoritairement
en demi-cristal et façonnés à la presse.
Néanmoins, quelques vases sont soufflés au moule-fixe
tel que le Girofla, le Coqueret, le Mimosa… Leur conception
est due au personnel du service des créations de l’entreprise,
principalement Charles Graffart et René Delvenne. En
production jusqu’aux années 1950, quelques succès
de la gamme continueront à figurer aux catalogues des
années 70.
De nos jours, les moules conservés permettent de reproduire
ou de rééditer des œuvres quasi à
l’identique. Contrairement à l’entreprise
Lalique qui, grâce aux moules d’époque,
soigneusement conservés, réédite les
œuvres mythiques de l’artiste (signées Lalique
au lieu de R. Lalique), les moules qui ont présidé
à la fabrication de certaines pièces du Val
Saint-Lambert n’ont pas été conservés.
La récupération partielle de l’outillage
des verreries de Scailmont a permis à une verrerie
roumaine de reproduire, dans les années 1980, des créations
verrières de Charles Catteau et de Henri Heemskerk.
Toutefois, la signature de leurs auteurs a disparu.
Sommaire
des communications
|